Le Peuple des pinsons

Photographie Dominique Delfino



Vingt millions d'oiseaux, selon les scientifiques, se retrouvent chaque soir dans un dortoir de hêtres situé à proximité de Porrentruy. Visible jusqu'au début mars.




Montbéliard. Il est 16 h 30. Comme chaque jour depuis plus d'un mois, aux abords de la forêt de hêtres de la commune de Fontenais près de Porrentruy en Suisse, des centaines de badauds assistent à un curieux et majestueux ballet.

Caméra en main, appareils photos autour du cou, Claude Nardin, photographe animalier du Pays de Montbéliard, bouillonne. « Exceptionnel » s'émerveille-t-il entre deux prises de vue. « Tout bonnement fabuleux » renchérit-il en lançant : « Vous assistez à un phénomène très rare: une concentration de pinsons du Nord. Ce sont des oiseaux chanteurs à plumage multicolore, originaires de l'Europe centrale et d'Asie. Ils viennent de Scandinavie et migrent jusqu'ici à là recherche de nourriture. Ils sont friands de faînes, le fruit du hêtre, qu'ils triturent un instant pour enlever l'enveloppe et consommer le contenu. Les premiers sont arrivés début décembre, les derniers partiront en mars, ».,


« La Riviera des pinsons »

Toute aussi ébaubie, Gretl, son épouse, tente de compter la population qui a élu domicile sur une zone boisée de 400 m de long et 300 m de large, appelée par les scientifiques « dortoir ». « Selon la vitesse de leur vol, leur poids, leur densité au m2, la longueur des vagues de pinsons, on estime à 20 millions le nombre d'individus qui se sont installés dans ce dortoir ».

Le sourire jusqu'aux oreilles, Claude Nardin précise: « En 1946, au nord de Porrentruy, sur la route de Delle, on avait déjà découvert un dortoir de 38 millions d'individus. Durant l'hiver 77-78, dans la région d'Etebon-Chenebier en Haute-Saône, à 10 km de Belfort, il y en avait eu beaucoup plus. Ils apprécient le secteur, riche en hêtres. C'est en quelque sorte leur Riviera ».

Le phénomène est si rare que Jacques Perrin, le réalisateur du "Peuple migrateur" a longtemps espéré filmer un tel carrousel. « Mais à force d'attendre, il renonça » souligne Claude.

Dominique Delfino, un autre photographe animalier du Pays de Montbéliard, se dit impressionné par le rassemblement. « Tous les soirs, c'est le même rituel. Trois quarts d'heure avant le coucher du soleil, par grappes de milliers d'oiseaux, ils se rassemblent ici. Le bruissement des ailes est captivant. On se croirait au bord d'une cascade ». Attention cependant aux vagues de pinsons, elles frôlent parfois les voitures et les gens ce qui peut provoquer des accidents. Les automobilistes doivent redoubler de vigilance.

Le nombre des pinsons augmente avec l'heure et la chute de la lumière. À 17 h 15, ils se réfugient dans les arbres. « On a d'ailleurs l'impression que les hêtres ont retrouvé leurs feuilles » note Claude Nardin. Et au matin, ils s'envolent pour trouver de la nourriture dans un rayon de 80 km. « Ils vont jusque dans le Territoire de Belfort, le Sundgau, le Pays de Montbéliard, les Vosges et la Haute-Saône » souligne Gretl.


Tourbillon

Pour les scientifiques, leur étude permet de mieux comprendre leur comportement. « En les filmant, on s'aperçoit que, lorsqu'ils entrent dans le dortoir ou en sortent, certains volent sur le dos » note Claude. Il constate également que cette concentration attire nombre de prédateurs comme les éperviers, les buses ou les faucons pèlerins. Les chasses sont souvent spectaculaires surtout lorsque les millions de pinsons tourbillonnent au-dessus du, dortoir pendant des dizaines de minutes. Un spectacle grandiose. Inoubliable.


Pour s'y rendre

Traverser la frontière à Abbevillers. Suivre ensuite la route jusqu'à l'entrée de Porrentruy puis prendre la direction de Bressaucourt. Le dortoir se trouve à 3 km au sud de la cité helvétique et à 1 km à l'ouest du village de Fontenais.


Le dortoir en chiffres

Selon Claude et Gretl Nardin, le dortoir de Porrentruy accueillerait 20 millions de pinsons du Nord.

– Chaque pinson pèse 25 g. Pour une population de 20 millions, la biomasse est de 500 tonnes d'oiseaux.

– Chaque pinson mange 3,5 g de faîne par jour, soit pour l'ensemble du dortoir 70 tonnes par jour et 6300 tonnes en 3 mois, sachant qu'un hêtre produit 13,5 kg de faîne les bonnes saisons.

– Le pinson vole à 57 km/h.

Alexandre-POPLAVSKY

Texte et photo : L'Est républicain du 2 février 2002


Le dortoir de Fontenais


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